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Interview de  Sandrine Rabassa

réalisée par Isabelle Jacq Gamboena

 en juillet 2013

 pour Musique Alhambra

 

Pour célébrer le 25ème anniversaire du Festival International Arte Flamenco, Mont de Marsan s'est  transformée du 1er au 6 juillet 2013 en un écrin privilégié pour la culture andalouse et le Flamenco. Le succès de cette édition, on le doit avant tout à Sandrine Rabassa, Directrice artistique du Festival , qui a été présente tout au long du Festival et qui  a été plébiscitée une nouvelle fois pour la qualité et la diversité de la programmation qu'elle a mis en place. En effet, pour cette édition particulière, Sandrine a comblé le public en créant une programmation originale et diverse tout en réunissant les meilleurs artistes Flamencos sur la scène montoise et dans la ville.   A l'issue du festival , Sandrine nous a livré son ressenti sur cette semaine et nous a révélé les grandes lignes de la prochaine édition, dans l'interview suivante:

- Nous avons été très heureux de participer à la 25 ème édition d’Arte Flamenco. Quel est le bilan et le ressenti sur cette édition qui vient de se terminer?

- Je suis en train de lire tous les messages que l’on m’envoie via facebook, émail et sms. Ce sont surtout ces éléments qui me permettent de faire un bilan, de voir le résultat et de lire le ressenti du public et des personnes qui ont participé à cette belle fête du 25 ème anniversaire d’Arte Flamenco. Je reçois des messages très forts de personnes qui ont adoré les créations, « Metales » par exemple, la rencontre entre Pedro El Granaino et José Valencia qui, d’après les commentaires que je reçois, a fait l’unanimité. Il a été perçu comme étant un spectacle très complet, où le duende a plané du début jusqu’à la fin. C’est une source de réconfort et de joie de savoir que tout ce que j’avais imaginé a pu se concrétiser avec ces artistes pour cette création mais aussi avec tous les artistes des autres créations et de voir qu’une idée de départ pouvait se transformer en un véritable rêve. L’utopie, qui est aussi le nom du spectacle de Maria Pages qui a fait l’ ouverture du Festival, a durée du lundi au dimanche et cette utopie est devenue une réalité. Parfois, nous avons vécu des moments historiques qui resteront gravés dans le cœur de tous ceux qui y ont participé, autant de la part du public que des artistes. On me parle de spectacles grandioses. On me parle également de l’état d’esprit qui régnait pendant cette semaine, de convivialité entre les stagiaires et les professeurs, par exemple. Beaucoup parlent aussi de l’investissement de Farruquito qui, en plus du spectacle ‘Abolengo’ qu’il a présenté sur la scène du Café Cantante, a aussi dansé sur la scène de la Bodega pour une fin de Fiesta de Jesus Carmona. Il a été présent partout pour encourager ses compañeros sur l’esplanade du Midou qui, cette année a encore été un lieu d’échange entre les artistes qui s’y sont produits et le public. Tout le monde parle de la fête, de la joie et de la convivialité qui régnait en lors de cette édition.

- Comment vis-tu ce lendemain de clôture de Festival et que fais- tu ce jour là?

- Le lundi, c’est un peu particulier car, pendant toute la semaine, comme vous avez pu le remarquer, je n’ai pas le temps de me poser. Il me faut 2h½ de route pour rentrer de Mont de Marsan jusqu’à chez moi. Donc, comme j’étais très fatiguée, je me suis dit que j’allais brancher l’imagination en 2014 pour faire une ébauche de programmation. J’ai mis le titre « Alma » d’Antonio Rey qui m’inspire beaucoup dans les moments où j’ai besoin de me recentrer ou tout simplement réfléchir. J’écoute cette musique qui, pour moi, est indispensable et qui m’a accompagnée avant, pendant et après le festival. J’ai repensé à tout ce qui s’était passé pendant toute cette semaine, à tous les moments forts. Une fois arrivée chez moi, c’est là où je lis tous mes emails, tout ce que je n’ai pas eu le temps de lire, tous les reportages. Je visionne les vidéos prises dans les endroits où je n’ai pas pu aller car parfois, plusieurs spectacles se déroulaient dans différents lieux, au même moment. J’avoue que je suis admirative par l’investissement de tous. Tout le monde a mis de cœur à l’ouvrage et c’est juste énorme. Pour le diner spectacle de clôture, plus de 750 délicieux repas ont été servis puis c’était le spectacle Abolengo avec Farruquito qui s’est terminé en apothéose.

 

- La présence de Farruquito avec son spectacle et tout au long du Festival, cela a été une chance pour tout le monde, n’est-ce pas?

- Oui, au delà de son spectacle qui a été magnifique et que nous avons eu le plaisir d’accueillir au Café Cantante, Farruquito a été d’une générosité et d’une disponibilité extraordinaire tout au long de la semaine, autant pour le stage qu’il dirigeait que pour d’autres moments ou sa simple présence, et sa gentillesse, du matin au soir apportait beaucoup de joie, notamment lorsqu’’il prenait la guitare après le diner pour partager un dernier moment avec nous, ses compañeros, cela a été très important pour lui aussi. Avant de partir, il m’a dit que cela a été une véritable bouffée d’oxygène qui lui avait apporté beaucoup de bonheur, un retour aux sources du Flamenco dans sa simplicité. Dans la vie, nous sommes tous très pressés, contrôlés et cadrés. Chez nous, les artistes vivent des moments de profonde liberté, où il est possible de s’exprimer et de vivre le Flamenco avec toute sa famille Flamenca et sa nouvelle famille d’Arte Flamenco, pour Farruquito.

Nous nous sommes mis d’accord sur le fait que nous allons continuer à faire des choses. Pour moi aussi, il a été un soutien considérable. Ses conseils et sa présence pendant le festival ont été très importants pour moi.

- Farruquito reviendra donc dans la programmation du Festival?

- Oui, et, premièrement, pour la simple raison de vouloir satisfaire ceux qui n’ont pas pu assister au spectacle qui affichait complet, et ils étaient très nombreux. J’assure et je promets qu’il reviendra très vite afin de combler tous ceux qui n’ont pas pu le voir. L’autre raison de sa venue prochaine est que la générosité et la bonté dont il a fait preuve tout au long de la semaine font de lui une figure du festival Arte Flamenco et que nous l’accueillerons donc toujours avec beaucoup de bonheur.

- Revenons au concept des créations Arte Flamenco dont tu es à l’origine et qui ont marquées cette édition. Comment t’es venu cette idée de réunir 2 artistes qui pratiquent la même discipline artistique, pour les réunir dans un mano a mano, alors que chacun d’eux pourrait à lui seul faire la  tete d’affiche?

- Je souhaitais proposer quelque chose de très original pour le 25 ème anniversaire d’Arte Flamenco, pour que cette édition puisse marquer les esprits. Il y avait aussi l’idée d’apporter encore plus d’émotions au public, profiter de l’espace octroyé pour proposer encore plus dans une seule tranche. C’est toujours une frustration, quand j’élabore la programmation, de ne pas pouvoir y inclure tous les artistes que j’aimerais programmer. C’est-ce qui m’a donné l’idée de réunir tous ceux que j’aimerais. On m’a surnommée « la niña de los duetos » (la fille des duos) en référence à cela. A la base, le Flamenco se nourrit de rencontres. Lorsqu’il y a des fêtes privées et des rencontres avec les artistes, ils y a toujours plusieurs éléments. On se nourrit de la présence de l’autre et je m’étais dit que c’était cela qui était intéressant et c’est une manière de redonner au Flamenco ses lettres de noblesse dans le sens où la rencontre et le partage, c’est cela le plus important. De plus, quand on est deux, on est obligé de se transcender soit pour l’autre, soit avec l’autre, soit contre l’autre; mais quoiqu’il en soit, on en sort toujours gagnant et le public a eu l’effet « chair de poule ».

- Il y a eu aussi des découvertes d’artistes émergents dans des spectacles à la Bodega, spectacles d‘accès libre et gratuit pour le public. Pourrais-tu nous dire si la fréquentation pour ces soirées a été bonne et si elles ont obtenues du succès?

- Je me suis échappée lundi soir pour assister au spectacle de Yurentz. Quand j’y suis arrivée, j’ai apprécié le spectacle de très grande qualité et j’ai aussi observé le public, l’expression des gens, le regard et puis je me suis dit « Ole! ». Je n’ai pas pu malheureusement assister à tous les spectacles mais, aujourd’hui, je suis en train de visionner des vidéos. Je regarde donc tout ce qui m’a été rapporté afin de voir si les spectacles étaient à la hauteur de l’attente du public, et pour affiner mes choix pour la prochaine édition.

- As-tu eu des retours sur la fréquentations et la qualité des stages? Que souhaiterais tu nous dire à ce sujet?

- Pour l’instant, j’attends le bilan. Ce que je peux dire, c’est ce que les stagiaires m’ont rapporté. Ils m’ont beaucoup parlé de l’investissement des professeurs qui ont été d’une générosité incroyable. Par exemple, ils ont été très heureux du stage de danse avec Juan Paredes. Ils m’ont supplié de le faire revenir l’année prochaine. Il y a eu aussi des stages de chant et de piano. On nous a dit que c’était vraiment génial; nous continuerons à proposer ces stages. La question est de savoir si nous aurons suffisamment de stagiaires pour le piano. Mais, a priori, d’après ce qui m’a été rapporté, le résultat est très positif.

- La Fin de Fiesta avec un Karaoké géant sur la chanson de « La leyenda del tiempo » de Camaron de la Isla, sur la Place Charles de Gaulle, c’était très original et extraordinaire. Il y avait beaucoup de monde à ce rendez-vous. As-tu eu des échos?

- Oui, j’ai des échos. Tout le monde aurait aimé que cela dure plus longtemps mais le timing était un peu serré car nous voulions aussi laisser la place au Festival Off. Quoi qu’il en soit, il y a eu une forte présence et le public a chanté. L’année prochaine, peut-être nous le rechanterons comme un hymne d’Arte Flamenco. Il y a eu beaucoup de joie et de partage; c’était un merveilleux moment. J’ai aussi adoré quand Pedro el Granaino et Alicia Gil ont chanté au milieu de la foule, alors que, quelques minutes auparavant, tout le monde regardait en direction de la scène et attendait l’arrivée des artistes à cet endroit précis. Cela a été une surprise pour le public et quand il a aperçu ces artistes chanter au milieu du public, un cercle s’est formé spontanément autour d‘eux. Le cercle est un symbole très fort et c’est cela aussi le Flamenco!

- Pour la prochaine édition d’Arte Flamenco, as-tu déjà les grandes lignes de la programmation en tête ?

- Oui, j’ai déjà les grandes lignes en tète. Les moments forts de cette année sont le moteur pour imaginer ce que sera l’édition de l’année prochaine . Il y a déjà 3 éléments marqués sur ma feuille blanche: comme il y a une véritable demande, je continuerai à imaginer des spectacles spéciaux Arte Flamenco; je vais donc essayer de répondre à cette demande. L’utopie a été possible grâce à une réalité qui est le travail de l’équipe du Conseil Général, des techniciens, des chauffeurs, de tous les bénévoles qui ont été absolument merveilleux. Des bénévoles étaient présents du matin au soir, comme Lola qui a aussi dansé mercredi soir sur la scène de la Bodega et qui a été encore une fois extraordinaire, toujours proche de moi. Elle a été d’une aide précieuse. Je souhaite remercier toute cette équipe qui, sans elle, l’utopie n’aurait pu devenir réalité.

- Sandrine, nous te remercions pour tout le travail que tu as réalisé et pour cette merveilleuse édition qui restera gravée dans nos cœurs.

 

Reportage sur la 25 ème édition du Festival International Arte Flamenco de Mont de Marsan: prochainement en ligne...