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Dans son nouveau spectacle 'El
final de este estado de cosa-Redux' le danseur des danseurs
franchit une nouvelle étape
artistique en interprétant avec son corps le texte de
l'Apocalypse de saint Jean. Grâce
à lui, le flamenco s'affranchit de la pesanteur et triomphe des
enfers avec fracas. Après son spectacle qu'il a présenté
au Théâtre de la ville, à Paris, spectacle dont l'atmosphère
nous transporte dans les abimes les plus profonds de l'humanité,
nous retrouvons le danseur de l'apocalypse dans sa loge et sa
personnalité nous captive tout autant que les propos qu'il
tient:
-Israel Galván, ton nouveau spectacle est sur le thème de
l'apocalypse. Pourquoi as-tu choisi ce thème pour cette nouvelle
création?
- L'apocalypse est un sujet d'actualité, il suffit d'observer le
monde qui nous entoure pour remarquer que nous vivons une époque
de profonds changements et de bouleversements importants sur différents
plans. D'un point de vue plus personnel, nous avons toujours été
lié à la bible, ma famille et moi-même. Ce sujet est venu aussi
par le fait qu' une élève libanaise Yalda Younes m'a envoyé une
vidéo de son expérience sur la guerre au Liban. Elle y a joint une carte dans
laquelle elle m'expliquait comment mon nom Israel lui évoquait
autant de l'affection que de l'aversion... En fait, le thème de la
mort a toujours été présent dans mes spectacles. Dans
celui-ci, la mort est le sujet central.
- Tu as une relation avec la mort assez particulière...Comment
pourrais-tu la définir?
- Je l'appréhende d'une manière intuitive déjà par le fait
que, dans toute fin, il y a une mort. Tous les spectacles que
j'ai conçus d'une manière théâtrale se sont toujours terminés par
une mort ou par une mutilation symbolisées par des chaussures
cassées ou une métamorphose particulière. Peut-être est-ce la
peur de la mort qui me hante et l'envie de sortir vivant d'une
tombe, chaque jour...Je n'ai peut-être pas surmonté cette
question et j'apprends à dompter ma peur, de cette manière.
- Pourquoi ce terme 'Redux' dans le titre de ta création?
- En fait, c'est un hommage au film 'Apocalypse now' de
Francis
Ford Coppola. C'est aussi un hommage au cinéma en général car,
dans mes spectacles, il y a souvent des références au
cinéma. Je fais le parallèle entre le fait que, dans le film
Apocalypse now, l'acteur traverse le fleuve avec son
bateau pour arriver au point final et moi qui traverse la scène
en passant par différents cycles. C'est un peu la même idée.
- Quelle est ta relation avec la bible et avec la religion en
général?
- Dans ma famille la religion est présente. Mon père étudie la
bible et je lis aussi la bible et je la respecte sachant que
parmi toutes les religions, on se sait réellement qui a raison.
- La religion tient-elle une place importante dans ta vie?
- Oui, bien sur, la religion était présente dans mon éducation
d'autant plus qu'en Andalousie, la terre où je vis, il y a
beaucoup de traditions religieuses. Nous venons aussi de notre
apocalypse personnelle, celle que nous portons en nous.
- Crois-tu en Dieu?
- Je crois en quelque chose de bon, qui ne nous fait pas de mal.
- Crois tu-en l'être humain?
- ...Il n'y a pas d'autres solutions que de
croire en lui...
- Ton baile est avangardiste et tu as une connaissance
profonde du Flamenco. Dans ton travail, tu fais aussi référence
à d'autres disciplines artistiques et notamment au Buto. Que
souhaiterais-tu nous dire à ce sujet?
- La relation entre le Japon et le Flamenco vient de loin. Avant
que je naisse, il y avait déjà des danseurs japonais dans les
tablaos sévillans. Je suis allé au Japon il y a plusieurs années
et j'y suis revenu plus tard car le terrain est favorable pour
l'apprentissage du Buto. Le Buto est un art jeune et comme le
Flamenco, c'est un art libre. Chaque danseur de Flamenco a sa
personnalité propre tout comme les danseurs de Buto. Dans ce
spectacle j'intègre quelques pas de Buto. J'ai travaillé avec
Atsushi Takenouchi, un maitre dans cet art. Le
Buto a un pouvoir sur le corps qui nous aide a atteindre
certains endroits de notre corps inconnus auparavant.
- Au début de ton spectacle, tu danses un certain temps sans
accompagnement musical...Pour toi, que représente le silence?
- Je crois que pour moi, le silence me permet de faire ma
musique personnelle. Dans ces moments de silence, je
fais de la musique avec ma danse, avec les images, avec le
corps. Le silence me permet tout cela; il me permet aussi de
créer ma propre symphonie.
- D'où te vient l'idée
d'utiliser des instruments et des objets divers pour faire des
percussions?
- L'idée d'utiliser beaucoup d'objets vient du
fait que je suis très à l'aise avec les objets. Je suis moins à
l'aise lorsqu'il s'agit de danser avec des personnes. Donc, pour
ne pas danser seul, je recherche toujours des objets qui
deviennent mes accompagnateurs du baile, jusqu'au jour où
je verrai la personne comme un objet ou que je devienne
d'avantage une personne...
- Dans la première partie de ton spectacle, la vidéo qui
est projetée sur un écran fait référence à la guerre au Liban.
Quel message veux-tu faire passer à propos de la guerre?
- Je n'ai pas voulu donner un message particulier...il se trouve
qu'une élève Yalda Younès m'avait envoyée cette vidéo accompagnée
d'une carte et cela a été la semence de mon spectacle. Une
danseuse qui s'exprime avec mes chorégraphies, mes pas et qui
danse sur des bombes, cela s'est transformé en une véritable
bombe. C'est comme le fait de construire à partir d'une
destruction.
Mais je ne mets aucun pays en avant, j'évoque simplement la
guerre d'une m anière générale.
- Dans ce spectacle, tu es accompagné par plusieurs ensembles: un
groupe Flamenco, une formation jazz et un groupe heavy métal.
Pourquoi as-tu choisi d'intégrer ces différents styles de
musique?
- En fait, lorsque je monte un spectacle, je n'ai pas d'idées
précises au début. C'est le hasard d'une posture qui m'amène à
une autre. Je laisse sortir les choses de moi-même d'une manière
libre. Je ne cherche pas à me raccrocher à un concept en
particulier même si l'élément Flamenco est toujours présent dans
mon travail puisque mon travail est
Flamenco. Au fur et à mesure de l'élaboration de cette création,
j'ai ressenti le besoin qu'il y ait d'autres sonorités. Le
groupe d'Utrera, de Séville qui fait une musique contemporaine
sur une base Flamenca et le groupe Heavy métal dont le style est
très sévillan. Je le vois très bien
pendant la semaine sainte de Séville.
- Inè s
Bacán est présente aussi dans ce spectacle. Travailles tu depuis
longtemps avec elle?
- Auparavant, j'ai travaillé avec elle dans un
spectacle. J'aime le chant d'Inès Bacán. D'habitude, les
bailaores travaillent plutôt avec des chanteurs faits
pour le baile, ceux qui détiennent un chant rythmique.
Inès a un concept très différent du cante et danser
sur un de ses chants me plait beaucoup. De plus, dans le
monde du Flamenco, elle se distingue aussi par sa personnalité
très radicale. Je la voyais très bien dans cette atmosphère
d'apocalypse.
- D'où vient ton inspiration
d'une manière
générale... de la pensée ou du cœur?
- Je pense qu'elle vient de tout cela. D'abord il
y a le 'coup de cœur' qui s'exprime, je ressens que cette idée
ou que cette posture me plait, puis le mental intervient et je
décide si je dois ou non suivre cette voie.
- As-tu déjà un nouveau projet
en route?
- Oui, j'ai quelques idées mais pour l'instant,
rien de concret. Je travaille sur un spectacle dans lequel
je vais faire un solo dans le silence. Je danse pendant 45
minutes dans une pièce d'une durée d'environ une heure; cette
pièce achèvera ma relation avec le silence...
- En attendant de découvrir
cette prochaine création, nous te félicitons encore pour ce
magnifique spectacle et pour le temps que tu nous a
accordé... merci beaucoup Israel.
- merci à toi...

Visiter le site web d'Israel Galván:
www.israelgalvan.com
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