Musique Alhambra

L'Actualité du Flamenco

 

  

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Interview d'israel Galvan réalisée par Isabelle Jacq 'Gamboena' en mai 2010,  pour Musique Alhambra

 

 

Dans son nouveau spectacle 'El final de este estado de cosa-Redux' le danseur des danseurs franchit une nouvelle étape artistique en interprétant avec son corps le texte de l'Apocalypse de saint Jean. Grâce à lui, le flamenco s'affranchit de la pesanteur et triomphe des enfers avec fracas. Après son  spectacle qu'il a présenté au Théâtre de la ville, à Paris, spectacle dont l'atmosphère nous transporte dans les abimes les plus profonds de l'humanité, nous retrouvons le danseur de l'apocalypse dans sa loge et sa personnalité nous captive tout autant que les propos qu'il tient:

 

-Israel Galván, ton nouveau spectacle est sur le thème de l'apocalypse. Pourquoi as-tu choisi ce thème pour cette nouvelle création?

- L'apocalypse est un sujet d'actualité, il suffit d'observer le monde qui nous entoure pour remarquer que nous vivons une époque de profonds changements et de bouleversements importants sur différents plans. D'un point de vue plus personnel, nous avons toujours été lié à la bible, ma famille et moi-même. Ce sujet est venu aussi par le fait qu' une élève libanaise Yalda Younes m'a envoyé une vidéo de son expérience sur la guerre au Liban. Elle y a joint une carte dans laquelle elle m'expliquait comment mon nom Israel lui évoquait autant de l'affection que de l'aversion... En fait, le thème de la mort a toujours été présent dans mes spectacles. Dans  celui-ci, la mort est le sujet central.

- Tu as une relation avec la mort assez particulière...Comment pourrais-tu la définir?

- Je l'appréhende d'une manière intuitive déjà par le fait que, dans toute fin, il y a une mort. Tous les spectacles que j'ai conçus d'une manière théâtrale se sont toujours terminés par une mort ou par une mutilation symbolisées par des chaussures cassées ou une métamorphose particulière. Peut-être est-ce la peur de la mort qui me hante et l'envie de sortir vivant d'une tombe, chaque jour...Je n'ai peut-être pas surmonté cette question et j'apprends à dompter ma peur, de cette manière.

- Pourquoi ce terme 'Redux' dans le titre de ta création?

- En fait, c'est un hommage au film 'Apocalypse now' de Francis Ford Coppola. C'est aussi un hommage au cinéma en général car, dans mes spectacles, il y a souvent des références au cinéma. Je fais le parallèle entre le fait que, dans le film Apocalypse now,  l'acteur traverse le fleuve avec son bateau pour arriver au point final et moi qui traverse la scène en passant par différents cycles. C'est un peu la même idée.

- Quelle est ta relation avec la bible et avec la religion en général?

- Dans ma famille la religion est présente. Mon père étudie la bible et je lis aussi la bible et je la respecte sachant que parmi toutes les religions, on se sait réellement qui a raison.

- La religion tient-elle une place importante dans ta vie?

- Oui, bien sur, la religion était présente dans mon éducation d'autant plus qu'en Andalousie, la terre où je vis, il y a beaucoup de traditions religieuses. Nous venons aussi de notre apocalypse personnelle, celle que nous portons en nous.

- Crois-tu en Dieu?

- Je crois en quelque chose de bon, qui ne nous fait pas de mal.

- Crois tu-en l'être humain?

- ...Il n'y a pas d'autres solutions que de croire en lui...

- Ton baile est avangardiste et tu as une connaissance profonde du Flamenco. Dans ton travail, tu fais aussi référence à d'autres disciplines artistiques et notamment au Buto. Que souhaiterais-tu nous dire à ce sujet?

- La relation entre le Japon et le Flamenco vient de loin. Avant que je naisse, il y avait déjà des danseurs japonais dans les tablaos sévillans. Je suis allé au Japon il y a plusieurs années et j'y suis revenu plus tard car le terrain est favorable pour l'apprentissage du Buto. Le Buto est un art jeune et comme le Flamenco, c'est un art libre. Chaque danseur de Flamenco a sa personnalité propre tout comme les danseurs de Buto. Dans ce spectacle j'intègre quelques pas de Buto. J'ai travaillé avec Atsushi Takenouchi, un maitre dans cet art. Le Buto a un pouvoir sur le corps qui nous aide a atteindre certains endroits de notre corps inconnus auparavant.

- Au début de ton spectacle, tu danses un certain temps sans accompagnement musical...Pour toi, que représente le silence?

- Je crois que pour moi, le silence me permet de faire ma musique personnelle. Dans ces moments de silence,  je fais de la musique avec ma danse, avec les images, avec le corps. Le silence me permet tout cela; il me permet aussi de créer ma propre symphonie.

- D'où te vient l'idée d'utiliser des instruments et des objets divers pour faire des percussions?

- L'idée d'utiliser beaucoup d'objets vient du fait que je suis très à l'aise avec les objets. Je suis moins à l'aise lorsqu'il s'agit de danser avec des personnes. Donc, pour ne pas danser seul, je recherche toujours des objets qui deviennent mes accompagnateurs du baile, jusqu'au jour où je verrai la personne comme un objet ou que je devienne d'avantage une personne...

-  Dans la première partie de ton spectacle, la vidéo qui est projetée sur un écran fait référence à la guerre au Liban. Quel message veux-tu faire passer à propos de la guerre?

- Je n'ai pas voulu donner un message particulier...il se trouve qu'une élève Yalda Younès m'avait envoyée cette vidéo accompagnée d'une carte et cela a été la semence de mon spectacle. Une danseuse qui s'exprime avec mes chorégraphies, mes pas et qui danse sur des bombes, cela s'est transformé en une véritable bombe. C'est comme le fait de construire à partir d'une destruction. Mais je ne mets aucun pays en avant, j'évoque simplement la guerre d'une manière  générale.

- Dans ce spectacle, tu es accompagné par plusieurs ensembles: un groupe Flamenco, une formation jazz et un groupe heavy métal. Pourquoi as-tu choisi d'intégrer ces différents styles de musique?

- En fait, lorsque je monte un spectacle, je n'ai pas d'idées précises au début. C'est le hasard d'une posture qui m'amène à une autre. Je laisse sortir les choses de moi-même d'une manière libre. Je ne cherche pas à me raccrocher à un concept en particulier même si l'élément Flamenco est toujours présent dans mon travail puisque mon travail est Flamenco. Au fur et à mesure de l'élaboration de cette création, j'ai ressenti le besoin qu'il y ait d'autres sonorités. Le groupe d'Utrera, de Séville qui fait une musique contemporaine sur une base Flamenca et le groupe Heavy métal dont le style est très sévillan. Je le vois très bien pendant la semaine sainte de Séville.

- Inès Bacán est présente aussi dans ce spectacle. Travailles tu depuis longtemps avec elle?

- Auparavant, j'ai travaillé avec elle dans un spectacle. J'aime le chant d'Inès Bacán. D'habitude, les bailaores travaillent plutôt avec des chanteurs faits pour le baile, ceux qui détiennent un chant rythmique. Inès a un concept très différent du cante et danser sur un de ses chants me plait beaucoup. De plus, dans le monde du Flamenco, elle se distingue aussi par sa personnalité très radicale. Je la voyais très bien dans cette atmosphère d'apocalypse.

- D'où vient ton inspiration d'une manière générale... de la pensée ou du cœur?

- Je pense qu'elle vient de tout cela. D'abord il y a le 'coup de cœur' qui s'exprime, je ressens que cette idée ou que cette posture me plait, puis le mental intervient et je décide si je dois ou non suivre cette voie.

- As-tu déjà un nouveau projet en route?

- Oui, j'ai quelques idées mais pour l'instant, rien de concret. Je travaille sur un  spectacle dans lequel je vais faire un solo dans le silence. Je danse pendant 45 minutes dans une pièce d'une durée d'environ une heure; cette pièce achèvera ma relation avec le silence...

- En attendant de découvrir cette prochaine création, nous te félicitons encore pour ce magnifique spectacle et pour le temps que tu nous a accordé... merci beaucoup Israel.

- merci à toi...

 

Visiter le site web d'Israel Galván: www.israelgalvan.com