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Pianiste, guitariste,
chanteur et percussionniste, Diego Amador est le benjamin d'une
lignée de musiciens gitans vivant à Las tres mil Viviendas , la
plus grande cité d'HLM de la périphérie de Séville. Avec sa
musique à la fois ancrée dans la tradition flamenca et ouverte
sur d'autres styles musicaux, notamment le jazz, Diego Amador a
crée un univers personnel dans lequel il s'exprime avec une
virtuosité et une sensibilité telles qu'il est demandé par les
plus grands musiciens comme Tomatito, Chick Corea ou Larry
Coryell. Lors de son spectacle aux Folies Bergères, à
Paris, il était accompagné par ses musiciens habituels et par Bireli
Lagrène, le 'monstre sacré' du jazz manouche. A l'issue de cette
merveilleuse représentation, il nous a reçu très chaleureusement
dans sa loge, pour réaliser l'entretien qui suit:
- Ce soir, nous avons assisté
à ton magnifique spectacle dans lequel le public a pu apprécier
ton talent de pianiste et de chanteur...mais tu ne jouais pas de
guitare; c'est pourtant un instrument que tu maitrises aussi
parfaitement...
- Oui, mais ce soir, Bireli Lagrène était
là, et c'était formidable d'être accompagné par ce grand
guitariste.
- Pourrais-tu nous parler de
ta collaboration avec lui?
- Nous nous connaissons depuis plus de 15 ans. En
1998, nous avions participé à évènement nommé 'Palabra de
guitarra' (parole de guitare). J' accompagnais Larry
Coryell, Tomatito, Joan Bibiloni et d'autres grands
guitaristes. J'étais le percussionniste de tous et comme le
thème central était la guitare, je les accompagnais en
faisant des percussions sur le coffret de ma guitare. Par la
suite, j'ai invité Bireli Lagrène à participer à
l'enregistrement de l'album 'El aire de lo puro' sorti en
2001.
- Tu as accompagné la grande
danseuse la Farruca au chant et au piano, ce soir.
Ce n'est pas la première fois que tu travailles avec elle,
n'est-ce pas?
- En fait, nous nous connaissons depuis
longtemps. Nous connaissions aussi le père, le grand-père, le
Maestro Farruco. C'est
une belle relation.
- L'utilisation du piano dans
la musique Flamenca, c'est un concept assez récent. Pourquoi
as-tu choisi ce moyen d'expression, toi qui a des racines
gitanes, et qui a reçu un enseignement traditionnel?
- Comme tu le dis, ce que je détiens en premier,
ce sont mes racines gitanes. Je suis issu d'une famille de
guitaristes, de cantaores et donc, à la maison, j'ai
surtout écouté de la musique. Mais,
j'aimais aussi beaucoup le jazz et c'est ainsi que le piano a
capté mon attention et que j'ai voulu faire du piano. Je me suis
lancé et, au fur et à mesure, je voyais que ma musique et mon
style commençaient à se façonner. Ce que j'écoutais m'apportait
beaucoup aussi.
- Par quel instrument as-tu
commencé? la voix, la guitare ou le piano?
- Mon entourage actuel connait davantage ma
facette de chanteur et pourtant, la guitare était mon premier
instrument. En fait, quand mon père m'apprenait les premiers
accords de guitare, il m'enseignait les bases de chaque palo
qui accompagnait le chant. Donc, je devais chanter por
seguiriya, solea ou alegria, par exemple, mais comme je n'avais
jamais chanté dans les fêtes car cela m'intimidait beaucoup,
ma voix est sortie au fur et à mesure de mon apprentissage de la
guitare.
-
Comment intègres-tu le Flamenco dans ta musique où la présence
du jazz est très importante?
- Je me base toujours sur les palos du
Flamenco. Tout ce que je fais, je le fais soit sur une
buleria, ou d'autres palos à caractère festif,
sur des rythmes sur lesquels on peut bouger et improviser
davantage. Je compose avec tout cela et aussi avec ce que j'ai
vécu et écouté.
- Comment caractériserais-tu
ton style musical?
- Ce que je fais, c'est une forme de Flamenco
fusion puisque quand je fais une falseta, c'est du
Flamenco et quand je chante, je chante du flamenco.
- Comment as-tu appris le
piano?
- Je suis totalement autodidacte; je ne connais
aucune note et je ne sais pas déchiffrer une partition. J'ai
appris entièrement à l'oreille et avec le temps. Les pianistes
qui me voient jouer de cet instrument me disent qu'ils ne
peuvent jouer du piano de cette manière. En fait, je joue du
piano comme je joue de la guitare... je suis un guitariste sur le
piano, en quelque sorte.
- Pourrais-tu nous parler de
la cité de las 3000 Viviendas, en périphérie de Séville,
quartier dans lequel tu as vécu et dont beaucoup de grands
artistes sont issus?
- On a toujours dit que dans les quartiers
pauvres, marginalisés, là où il y a la souffrance, il y a
beaucoup plus de sentiments qu'ailleurs. C'est ce qui se passe
aussi dans le blues car cette musique provient des quartiers
défavorisés, là où les gens ont connu la faim, la pauvreté.
Quand j'étais enfant, mon quartier était
très différent de ce qu'il est maintenant. Avant, nous formions
tous une grande famille. L'été, nous nous mettions à l'ombre et
nous partagions notre repas avec les voisins. L'un ramenait une
bière, l'autre une omelette ou autre chose et nous partagions
cela. Nous nous réunissions tous et lorsque la nuit venait, nous
étalions une grande couverture sur le sol et les enfants s'y
installaient ainsi que ceux qui le souhaitaient. Quelqu'un se
mettait à chanter et un autre se mettait à l'accompagne r à la
guitare. Il y avait cette convivialité entre nous. J'évoque une
époque où la drogue n'était pas aussi présente. Quand elle est
arrivée, les choses se sont dégradées, une partie de la jeunesse
a commencé à sombrer dedans.
- Penses-tu que artistes qui
vivent là bas ou qui sont en contact avec la jeunesse peuvent
améliorer les choses?
- Oui, en partie, car la bonne énergie, l'énergie
positive, la force, l'esprit peuvent changer le cours des
choses.
- Pour la jeunesse, tu es un
bon exemple de créativité et d'énergie positive, n'est-ce pas?
- Oui, c'est bon pour les enfants. C'est une
bonne référence pour ceux qui veulent s'en sortir.
- Avec tes frères
Raimundo et Rafael, vous formiez le groupe mythique des Pata
Negra, dans les années 80. Travailles-tu encore avec tes frères
musiciens ?
- En effet, mes débuts dans ce groupe, lorsqu'il
existait encore, remontent à plusieurs années. Depuis, j'ai
souvent travaillé avec Raimundo. Nous avons une relation
fraternelle ainsi qu'un lien au travers la musique.
- Aurais-tu un projet
artistique à nous annoncer?
- Je n'aime pas trop parler des projets, mais il
y en a certains que je peux évoquer, comme, par exemple, un
projet d'album avec Charlie Haden, un des grands maitres
de la contrebasse dans le jazz. C'est un génie. Nous nous étions
rencontré au Festival Jazz de Victoria. Patt Metheny et
Charlie Haden passaient sur scène, avant nous. Après le
spectacle, nous avons improvisé ensemble. Cela leur a tant plu
qu'ils voulaient m'intégrer dans un projet musical. Cela m'a
beaucoup ému car j'écoute leur musique depuis si longtemps et
j'aime beaucoup leur travail. C'est comme lorsque j'ai
accompagné Chick Corea. Je n'en croyais pas mes yeux.
C'était un rêve qui se réalisait.
- Quel conseil donnerais-tu
aux musiciens qui veulent évoluer?
- Il est nécessaire de beaucoup travailler et de
beaucoup pratiquer le piano. Je suis aussi constamment en
contact avec la musique, lorsque j'en écoute ou lorsque je
compose.
- Quels sont les principes
essentiels qui caractérisent ta manière d'être et de vivre ton
art?
- La liberté de création, c'est une chose
fondamentale. Jouer avec tout ce qui nous attire car tout peut
être de la musique. Ne jamais mettre de barrière dans notre
travail. Si le palo ne peut sortir ici, ou là bas, le
faire et le refaire jusqu'à ce qu'il émerge. Quand on nait
Flamenco, quand on a une âme Flamenca, avec des racines de
guitaristes, tout peut se faire, avec respect.
- Diego, merci pour cet
entretien!
- Merci à toi....

Visiter le site Web de Diego Amador:
http://www.diegoamador.es
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Remerciements à Maria José, Romero Diaz et
Cristina Magdalena de l'association La Gitanilla
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